Une commission va se pencher sur l’usurpation d’identité d’une femme politique britannique par l’IA

Le Conseil annonce aujourd’hui qu’il va examiner un nouveau cas. Dans ce cadre, nous invitons individus et organisations à soumettre des commentaires publics en cliquant sur le bouton ci-dessous.

Sélection des cas

Comme nous ne pouvons pas entendre tous les appels, le Conseil accorde la priorité aux cas susceptibles d’affecter de nombreux utilisateurs à l’échelle internationale, qui revêtent une extrême importance dans le débat public ou qui soulèvent des questions essentielles par rapport aux politiques de Meta.

Le cas que nous annonçons aujourd’hui est le suivant :

Une vidéo générée par l’IA déforme les opinions d’une femme politique britannique sur l’immigration

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Appel d’un utilisateur

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Le Comité de surveillance a retenu un cas concernant une vidéo, apparemment générée par l’IA, mettant en scène une femme politique britannique et déformant ses opinions sur l’immigration. Le Conseil évaluera les mesures prises par Meta concernant cette publication à la lumière des politiques de l’entreprise et de ses responsabilités en matière de droits humains, afin de garantir le respect de la liberté d’expression tout en luttant contre l’impact potentiellement néfaste des contenus trompeurs liés à des questions d’intérêt public.

En novembre 2025, un utilisateur de Facebook a publié un album contenant une courte vidéo montrant une imitation d’une conseillère municipale du Parti travailliste britannique représentant une circonscription en Écosse. La vidéo, qui semble avoir été générée par l’IA, montre la femme politique déclarant : « Les réfugiés sont les bienvenus ici, même s’ils violent nos femmes, car les Blancs font ça aussi. » Une deuxième vidéo montre des manifestants, dont un homme brandissant un drapeau palestinien, avec un enregistrement audio qui semble avoir été généré par une IA et dans lequel on l’entend scander des louanges à l’Antifa, un mouvement antifasciste de gauche. Une dernière image, qui semble être une photo réelle et non générée par l’IA, montre plusieurs femmes, dont la femme politique apparaissant dans la première vidéo, brandissant des pancartes de protestation contre l’extrême droite, et les identifie. La légende de l’album accuse la femme politique d’évasion fiscale sans fournir de preuves. L’utilisateur n’a pas signalé l’utilisation de l’IA, et Meta n’a pas apposé d’étiquette informative relative à l’IA sur ce contenu. Ce contenu a suscité moins de 50 réactions et commentaires, et a été partagé moins de 50 fois.

Deux utilisateurs ont signalé ce contenu pour violation de la politique relative au harcèlement et aux brimades, mais les systèmes de Meta n’ont pas jugé nécessaire de soumettre cette publication à un examen humain ; le contenu est donc resté en ligne sur Facebook. Les deux utilisateurs ont fait appel auprès de Meta, mais là encore, la publication n’a pas été jugée prioritaire pour un examen par un modérateur. L’un des utilisateurs a alors saisi le Conseil.

Dans sa déclaration adressée au Conseil, l’utilisateur à l’origine du signalement affirme que la vidéo a été générée par l’IA et déforme les convictions de la personnalité politique, dans le cadre d’une manifestation au cours de laquelle elle s’était prononcée en faveur de l’hébergement des demandeurs d’asile. L’utilisateur a déclaré que ce contenu pouvait constituer une menace pour la sécurité de cette femme.

Des manifestations anti-immigration ont eu lieu à travers tout le Royaume-Uni en 2025 et 2026. Certains manifestants ont affirmé que l’hébergement des demandeurs d’asile dans des hôtels à travers le Royaume-Uni posait des problèmes de sécurité pour les femmes. Les contre-manifestants, dont la responsable politique représentée ici, ont publiquement rejeté ces allégations, les qualifiant de désinformation raciste qui exploite les inquiétudes liées à la violence faite aux femmes pour attiser la haine anti-immigrés. Ils ont également fait état d’actes d’intimidation et de menaces à leur encontre pour avoir pris la parole, notamment du harcèlement en ligne et de la diffamation par le biais de contenus générés par l’IA. L’immigration et le logement des demandeurs d’asile ont fait l’objet d’un débat politique intense, notamment à l’approche des élections, y compris celles qui se sont tenues en Écosse le 7 mai 2026. La conseillère municipale représentée ne se présentait toutefois pas aux élections de 2026.

Lorsque le Conseil a sélectionné ce cas, les experts de Meta ont conclu que la publication n’enfreignait pas les standards de la communauté de l’entreprise et ne nécessitait donc ni suppression, ni ajout d’une mention « généré par l’IA ».

Selon Meta, ce contenu n’enfreignait pas sa politique relative au harcèlement et aux brimades, car la femme politique est une personnalité publique adulte et n’est donc pas protégée contre les « images manipulées non désirées », alors que les particuliers peuvent signaler eux-mêmes ce type de contenu afin qu’il soit supprimé. Meta a également estimé que l’affirmation contenue dans la vidéo selon laquelle les réfugiés commettent des viols n’enfreignait pas sa politique relative aux comportements haineux, car il s’agissait d’une critique des actes de certains réfugiés plutôt que d’une généralisation assimilant tous les réfugiés, ou la plupart d’entre eux, à des criminels. L’entreprise a précisé que la publication n’avait pas été supprimée au motif qu’il s’agissait d’une fausse information, car aucun partenaire de confiance ne l’avait signalée comme fausse et susceptible de « contribuer directement au risque d’un préjudice imminent », et qu’il ne s’agissait pas d’une ingérence électorale. Le programme « Trusted Partner » de Meta est un réseau mondial d’organisations, d’agences et de chercheurs indépendants qui signalent les risques émergents liés aux contenus. Le contenu n’a pas été vérifié par des organismes tiers de vérification des faits.

Meta a également estimé que ce contenu ne justifiait pas l’apposition d’une mention « IA » au titre de sa politique en matière de désinformation, destinée à informer les utilisateurs que le contenu avait été créé ou modifié numériquement. Selon Meta, il n’était pas nécessaire d’apposer une mention au titre de sa règle sur les contenus manipulés, car ce contenu n’a pas été publié pendant une période électorale ou de crise, qu’il est de nature satirique et qu’il a suscité peu d’interactions ; il est donc peu probable qu’il « présente un risque particulièrement élevé d’induire le public en erreur de manière significative sur une question d’intérêt public ».  

Le Conseil a choisi ce cas afin d’évaluer les responsabilités de Meta en matière de droits de l’homme lorsque des outils d’IA sont utilisés pour usurper l’identité de personnalités politiques dans le but de déformer leurs opinions sur des questions importantes pour le débat public. Ce cas permet au Conseil d’examiner comment les plateformes peuvent faire des choix en matière de conception, de politique et d’application qui respectent la liberté d’expression, y compris la satire ou la critique des responsables politiques, tout en remédiant aux préjudices pouvant résulter de la désinformation du public sur des questions importantes.

Ce cas s’inscrit dans le cadre des priorités stratégiques du Conseil en matière d’automatisation et d’intelligence artificielle, ainsi que de discours haineux à l’encontre des groupes marginalisé.

Le Conseil aimerait recevoir des commentaires publics sur ce qui suit :

  • La prévalence, l’impact et les sources des contenus trompeurs générés par l’IA dans la formation de l’opinion publique sur l’immigration en Europe et dans le monde.
  • Comment les plateformes de réseaux sociaux devraient-elles lutter contre le harcèlement, les discours de haine ou la désinformation générés par l’IA, y compris à l’encontre des personnalités politiques, tout en respectant la liberté d’expression, notamment en ce qui concerne la critique politique, la satire et l’humour, et en tenant compte de la nécessité et de la proportionnalité du retrait de contenus ou de mesures alternatives visant à limiter leur diffusion.
  • Dans quelle mesure les choix en matière de politique et de conception des plateformes peuvent-ils inciter les utilisateurs, notamment par le biais de la monétisation et des recommandations, à partager des contenus trompeurs générés par l’IA, et comment atténuer ou prévenir les effets négatifs de ces pratiques sur les droits de l’homme ?  
  • Comment les techniques de deepfake sont utilisées dans le cadre de campagnes de harcèlement visant des personnes qui s’expriment sur des sujets controversés, notamment des personnalités politiques, et les répercussions plus larges de ces attaques trompeuses générées par l’IA, qui visent à discréditer ces personnes, sur l’accès à l’information et la participation politique.

Dans le cadre de ses décisions, le Conseil peut émettre des recommandations sur les politiques de Meta. Bien que ces recommandations ne soient pas contraignantes, Meta doit y répondre dans un délai de 60 jours. Aussi le Conseil encourage-t-il à l’envoi de commentaires publics qui suggèrent des recommandations pertinentes dans ce cas-ci.

Commentaires publics

Si vous ou votre organisation estimez que votre point de vue est opportun et qu’il pourrait aider le Conseil à prendre une décision dans les cas annoncés aujourd’hui, vous pouvez soumettre vos contributions en cliquant sur le bouton ci-dessous. Veuillez noter que les commentaires publics peuvent être envoyés de manière anonyme. La période de consultation publique est ouverte pendant 14 jours et prendra fin le jeudi 4 juin à 23 h 59, heure normale du Pacifique (PST).

Prochaines étapes

Au cours des prochaines semaines, les membres du Conseil délibéreront sur ces cas. Lorsque le Conseil aura statué sur ces cas, nous publierons sa décision sur la page Décisions.

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